Parmi la pléthore de constructeurs britaniques
du siècle dernier, Velocette est surement l'une
des marques les plus paradoxales. Cette marque est
créée au début du 20ème
siècle à Birmingham par John Goodman,
jeune émigré allemand. Tout d'abord
vendues sous la marque Veloce, les productions de
Goodman adopte rapidement le nom de Velocette suite
au succés d'un petit modèle 2T de 200cc.
John Goodman a, dès l'origine, pour objectif
de commercialiser de solides motos de tourisme et
un une conception très traditionaliste mécaniquement
parlant. Et pourtant, Velocette est l'une des marques
anglaises dont l'histoire est étroitement liée
à la compétition et au Tourist Trophy
en particulier, où ses motos brillèrent
souvent et durant de nombreuses années.
La Velocette Série M Venom Thruxton fut la
dernière moto de la marque. Présentée
en 1964 au Motor Cycle Show d'Earls Court et commercialisé
dès 1965, le Thruxton bénéficie
des dernières évolutions moteurs (nouvelles
pipes d'admission et culasse haute performance à
effet squish inspirée d'un modèle conçu
par un préparateur Velocette aux Etats Unis)
et développe plus de 40 chevaux. Si la puissance
paraît modeste aujourd'hui pour une moto sportive,
le monocylindre de 499cc longue course gavé
par son énorme carburateur Amal (of course)
est loin d'être ridicule pour l'époque
(une Triumph Bonneville bicylindre de 650cc développait
46 chevaux et une BSA Rocket Star bicylindre 500cc
de 1962 ne proposait que 30 poneys). Le moteur est
coupleux et reprend très bien dès 2500
tours/min., même sur le 4ème et dernier
rapport. La boite est par ailleurs, douce et précise
(toujours selon les standards de l'époque).
Comme
toutes les Série M depuis 1953, la Thruxton
est équipée d'une suspension arrière
oscillante réglable en dureté par déplacement
de l'attache supérieure du (double) combiné
ressort-amortisseur. Elle n'apporte pas d'évolution
particulier dans ce domaine. Par contre elle bénéficie
d'une fourche moderne reprise au récent scrambler
de la marque. Les freins sont puissants (double came
à l'avant). La tenue de route est honnête
et la moto est agile en courbe gràce à
ses pneux de petites dimensions. C'est d'ailleurs
son terrain de jeux favori; son moteur étant,
selon les connaisseurs, un véritable régal
gràce à ses reprises vigoureuses dans
les sorties de courbes.
Esthétiquement, elle se différencie
beaucoup de la Venom standard. Tout d'abord l'ensemble
selle/réservoir est spécifique. Le changement
de réservoir était impératif
du fait de la taille du carburateur qui imposait un
découpage spécifique. La selle est,
elle, mieux intégrée à la ligne
de la moto en épousant beaucoup mieux la forme
du cadre. Deplus, elle forme un petit dosseret dans
sa partie arrière qui lui donne une esthétique
bien plus sportive que la selle plate du modèle
dont elle est issue. La Thruxton conserve l'echappement
typique de la marque en queue de poisson (s'en passer
aurait été un véritable crime
de lèse-majestée).
La Thruxton fut produite à 1108 exemplaires
jusqu'en 1971, année où la société
est mise en liquidation judiciaire. 166 exemplaires
furent commercialisés en France durant ces
6 années de production. Difficile aujourd'hui
d'en trouver dans un état d'origine.