
Pourquoi
faire simple, quand on peut faire compliqué?
Cette question avait du être mise, en rappel,
en haut de chaque page du cahier des charges lors de
la conception de la BSA Rocket III. Cette « fusée
à 3 cylindres » est issue d'un projet
initialement développé par 2 ingénieurs
Triumph (Bert Hopwood et Doug Hele). Présenté
au début des années 60 à la direction
de BSA, propriétaire de la marque Triumph, le
projet Trident fut d'abord refusé. Hopwood et
Hele, ingénieurs passionnés, loin de baisser
les bras, continuèrent leur développement
sans le soutien de l'usine.
Revenue dans les bonnes grâces de BSA quelques
années plus tard, l'idée d'une moto
de grosse cylindrée est relancée pour
le compte de BSA et conjointement de Triumph. Le Trident
des 2 ingénieurs sert de base aux 2 modèles.
Toutefois, alors que la situation financière
du groupe est déjà affaiblie, la direction
de BSA prend la décision saugrenue de développer
2 motos techniquement proches mais distinctes.
Ainsi, si la base moteur est un 3 cylindres 4temps
de 741cc, 3 carburateurs Amal et boite 5 vitesses,
la BSA aura un banc de cylindres incliné de
15° vers l'avant par rapport à celui du
Trident. Techniquement, cette décision implique
des fonderies de bas-moteur entièrement différentes
sans pour autant changer les performances de la mécanique
(58 chevaux à 7.250 trs/min.). Même chose
pour la partie cycle: alors que les contraintes sont
peu ou proue les mêmes, la BSA aura droit à
un cadre double berceau en acier et la Triumph un
simple berceau. A croire qu'aux yeux des décideurs
la différenciation des modèles devaient
passer par des surcoûts systématiques.
La
BSA Rocket III sort en 1968 en même temps que
sa soeur Triumph Trident T150. C'est alors une des
plus puissantes et des plus rapides routières
(avant l'arrivée du Honda
CB750 Four l'année suivante).
Esthétiquement, la BSA possède une
ligne moderne pour l'époque. Le réservoir
(un peu plus rond que celui de sa soeur) se voit paré
de baguettes chromées et habillé de
protections plastiques. Les caches latteraux sont
enveloppant et les silencieux d'échappements
spécifiques et tout de suite identifiables
avec leur triple sortie (miraculeusement communs aux
BSA et aux premières Triumph Trident). La Rocket3
sera proposée avec un seul et unique colori:
Rouge. Une version sera spécifiquement développée
pour les USA en 1971, mais elle gardera ce colori.
Hormis le moteur, le reste est très classique:
Fourche télescopique à l'avant, double
combiné pour l'arrière et frein à
tambour pour tout le monde. La moto est réussie:
Rapide, bien finie, une cylindrée et une architecture
moteur valorisante. Elle aurait certainement réussie
à s'imposer sans l'arrivée du 4 pattes
Honda, plus puissant, plus fiable et équipé
d'un frein à disque, l'année qui suivit
sa commercialisation. La Rocket 3 n'aura pas le temps
de se voir équipée d'un frein à
disque (la Triumph Trident y aura droit en 1972).
Mis en liquidation en 1971, le groupe BSA fut racheté
par Norton-Villers. La nouvelle entité Norton-Villers-Triumph
commercialisera des BSA jusqu'à écoulement
des stocks (environ jusqu'en 1972), puis la marque
fut mise en sommeil.