Un coup
d'oeil inattentif pourrait laisser croire que Daniele
Vitali, designer de la 600 River, a cherché à
concevoir une petite GT pas chère. Mais la démarche
est quelque peu différente. En effet, ce jeune
designer avait pour mission de faire naître une
moto urbaine mettant en avant ces aspects pratiques,
sa facilité à evoluer dans le trafic,
tout en contenant le plus possible le prix de vente.
Sortie en 1995, cette River 600 avait de quoi surprendre
une communauté motarde peu habituée à
ce nouveau genre.
Cagiva ne s'est pas cassé la tête pour
lui trouver un moteur. Le 601cc du trail W16 est repris
quasi à l'identique; à peine lui greffe-t-on
un pot catalytique. Il fait malheureusement perdre
de la puissance au monocylindre qui n'avait pas tellement
besoin de cela. Il est, cependant, suffisamment souple
et s'acquitte correctement de sa tâche. Si l'étagement
de boite n'est pas tout à fait adapté
à une moto urbaine et l'embrayage est franchement
trop dur, ce moteur de 34 chevaux et 5mkg de couple,
équipé d'un balancier d'équilibrage
emmène tout de même la River jusqu'à
près de 160 km/h.
Coté partie cycle, le tableau est nettement
plus réussi. Le cadre acier associé
à une fourche inversée de marque Marzocchi
et un monoamortisseur Boge apporte une très
bonne tenue de route. Et si le constructeur italien
a souhaité contenir le prix de son nouveau
modèle, il n'a néanmoins pas succombé
à la facilité de rogner sur la qualité
de ces équipements. La moto est donc précise
et stable en courbe tout en étant très
maniable et vive en ville. Les freins font, eux aussi,
honneur au constructeur. Le disque avant de 320mm
est pincé par un étrier Brembo à
4 pistons largement dimensionné pour les 160kg
de la moto. Bref, une partie cycle éclatante
aux vues des prestations modestes du moteur.
Au
quotidien, la River ne peut pas laisser indifférent.
La moto est facile, rassurante, confortable et très
pratique. La selle et les supensions préservent
le confort du pilote et de son passager et le petit
saute-vent protège mieux que l'on pourrait
le croire. Pour les aspects pratiques, on applaudit
tout de suite le petit vide-poches à l'avant
du réservoir permettant de ranger ses papiers,
sa monnaie ou son téléphone portable.
La paire de valises fixe (fermant à clé)
fournie en série est également une bonne
trouvaille sur cette moto de moins de 6000€.
Elles ne sont, certes, pas suffisamment spatieuses
pour ranger un casque et encore moins partir en vacances,
mais elles pourront accueillir un porte-document,
un petit sac à dos, un antivol, etc..., sans
pour autant nuire à l'encombrement général
de la moto. Car, ne l'oublions pas, une moto urbaine
doit pouvoir se faufiler dans la circulation. Pour
clore le chapître «Equipement»,
il convient également de citer une jauge a
essence plutot fiable, une montre, une poignée
de maintien passager vraiment utilisable et regretter
l'absence de compte tour (même si la placidité
naturelle du moteur permet de s'en passer).
Cette moto urbaine reçut l'année suivant
son lancement un petit frère trail: le 600
Canyon qui, même s'il ne fit pas une très
grande carrière commerciale en France, phagocyta
un peu les ventes de River. Le Canyon avait pour lui
une esthétique et un positionnement plus classique
(au détriment des aspects pratiques). La River
600 sortit du catalogue Cagiva France à la
fin de l'année 1998 et ne fut jamais remplacée.
Elle connu pourtant une descendance en la personne
du River 500 (la même, avec un moteur plus petit),
mais ce modèle, produit à partir de
l'année 2000, ne mis jamais ses gommards sur
le sol français. Les motards ne lui pardonnèrent
pas son moteur trop juste.
Certains articles de la presse spécialisée
conclurent leur test du River 600 en remarquant les
qualités de la partie-cycle tout en souhaitant
un moteur plus moderne et performant: un monocylindre
à refroidissement liquide plus moderne; Celui-ci
n'arriva jamais.