Deux vieux potes motards se retrouvent après
une longue séparation.
«- Alors tu roules sur quoi maintenant?
- j'ai craqué sur un 500 SL !
- Ahh bon? Tu roules en Mercos ? T'as lâché
la moto ?
- Non, un Ducati 500 SL, la sportive à moteur
Pantah...
- Ahhhh la 500 Pantah ? Gros veinard !!! »
Une petite tranche de vie, qui montre bien la difficulté
aujourd'hui, dans une présentation des modèles
SL, de ne pas commencer par ce qui a fait toute la
gloire de ces motos: le moteur Pantah. Un moteur à
ce point célèbre que peu se souviennent
du nom des modèles qui ont reçu ce mythique
groupe propulseur.
Développé par Fabio Taglioni déjà
père du bicylindre en L et du système
desmodromique, ce moteur Pantah (contraction de pantera,
panthère en français) est l'une des
évolutions majeures du moteur en L et l'illustre
prédécesseur des futures SS, 851, 888,916,
etc......
Désireuse de proposer un moteur bicylindre
de moyenne cylindrée performant, bénéficiant
de l'aura des Ducati SS (ce que n'a jamais pu offrir
le bicylindre face à la route des GTV et GTL),
tout en restant globalement économique à
produire, la marque a essayé de conserver le
meilleur de ses sportives et l'a associé à
des techniques simples et modernes. Ainsi, on conserve
le bicylindre en L et la distribution desmodromique
et on élimine le système de transmission
primaire par couples coniques que l'on remplace par
une courroie crantée qui actionne la distribution
« maison ». La courroie crantée
a l'avantage d'être plus fiable, moins sonore
et surtout beaucoup moins coûteuse que le précédent
système. Accessoirement, le moteur reçoit
une pompe à huile de débit plus important
que sur les L2 précédents, un système
de filtrage de l'huile par cartouche proche des techniques
automobiles mais également un traitement des
cylindres au Gilnisil (alliage très dur recouvrant
la surface interne des cylindres, minimisant ainsi
leur usure et les rayures) qui permettent de proposer
un moteur plus fiable tout en étant plus performant.
Le moteur est également conçu pour servir
de base à une gamme complète déclinée
de 350 à 650cc et même 750cc (futures
F1)
La première moto à recevoir ce moteur,
en 1979, sera une SL. Cette nouveauté inaugure
le Pantah dans sa version 500cc. Ce moteur développe
48 cv à 9000 tours/min. Avec une puissance
spécifique qui flirte avec les 100 cv/litre,
la Ducati SL n'a pas à rougir face à
la concurrence, même s'il est difficile de comparer
le moteur Pantah avec le reste de la production, tant
les différences technologiques sont grandes.
Les motos japonaises misent principalement sur l'architecture
4 cylindres et propose souvent des cylindrées
de 400 ou 550cc à l'allure bien moins sportives
en configuration d'origine. C'est plutôt vers
l'Italie qu'il faut trouver les vraies concurrentes
du SL: La Laverda 500 Montjuic (véritable bête
de course bicylindre face à la route refroidi
par air de 58cv, mais 4 soupapes par cylindre), Benelli
504 Sport (même cylindrée, 4 cv de plus
que le Pantah 500 mais c'est un moteur 4cylindres)
MotoGuzzi V50 Monza (bicylindre en V, 2 soupapes par
cylindre et 48 cv à 7.600 trs/min), Moto Morini
500 Sei-V Sport (bicylindre en V 2 soupapes par cylindre
et 46cv à 7.500 trs/min.).
A l'évidence, sur le papier, le SL 500 est
largement au niveau de la concurrence. Aussi puissant
que la majorité de ses concurrents de 500cc,
cette nouveauté a droit également à
un traitement très spécial en terme
de partie cycle.
Avec le SL, Ducati inaugure une autre de ces marques
de fabrique: le cadre treillis qui fera le succés
de la quasi totalité des prochains modèles
de la marque. Le constructeur propose avec le cadre
treillis, une partie cycle qui combine rigidité,
précision, légèreté (183kg),
stabilité et maniabilité grâce
à un empattement court et un treillis qui enserre
au plus près le moteur. Ce cadre est accompagné
d'une fourche Marzocchi dernier cri, d'une paire d'amortisseurs
arrières de même marque et d'un système
de freinage Brembo (2 disques à l'avant et
1 à l'arrière pincés par des
étriers mono-pistons).
En dynamique les qualités sont évidentes
et l'on comprend très vite pourquoi le Pantah
restera dans l'histoire. Puissants et vif, le moteur
n'est pas avare en sensation, bien aidé qu'il
est par la partie-cycle digne d'une machine de compétition.
Le SL impose une nouvelle définition de la
moto sportive homologuée; racée, performante
et surtout à l'esthétique « compétition »
sans concession. Encore un point où cette moto
trace la voie du futur de la marque.
Le carénage inédit donne un coup de
vieux à l'ensemble de la concurrence. La coque
arrière, façon monoplace avec son dosseret
amovible semble faite pour recevoir le numéro
du compétiteur et les logos de ses sponsors.
En 1981, la 500 se voit secondée d'une grande
soeur de 600cc par accroissement de l'alésage
de 6,0 millimètres, gagnant ainsi 8 chevaux
(60cv à 9.100 tours/min.). Un peu plus rapide
le SL 600 gagne surtout en reprise, en accélération
et en sensation. Ce moteur équipera aussi une
routière plus tranquille (600TL).
Puis, arrive une 350cc en 1982, principalement pour
le marché italien très friand de cette
cylindrée. Cette version est la moins intéressante,
perdant beaucoup en puissance et perdant peu sur la
balance. Elle sera accompagnée d'une petite
routière 350 XL et d'une 350 TL (apparemment
non commercialisée en France).
Les SL tireront leur révérence après
la sortie en 1983 du modèle équipé
d'un moteur de 650cc. Comme le 600cc, ce moteur équipera
d'autres modèles de la marque (650
Indiana) et surtout du groupe Cagiva alors repreneur
de Ducati ( Cagiva
Alazurra & Elefant).
Malgré une production inférieure à
7500 exemplaires toutes cylindrées confondues,
le SL a su marquer les esprits et le futur de Ducati.
Les versions compétitions TT1 et TT2 et leur
prestigieux palmarès y sont sûrement
pour quelque chose. Les derniers exemplaires laisseront
place libre aux 750 F1 (1985) et 400 F3 (1986), toujours
équipés de la base Pantah qui servira
même de modèle pour le futur moteur du
900SS (1990).
Tanthallas
- Photos: Constructeur