Fort
de posséder dans son catalogue un moteur 4T
moderne, décliné en 350cc et 500cc,
et équipant les Dakota et le Saturno,
le constructeur fait le choix d'aller se battre directement
avec les marques japonaises pour le créneau
des trails « gromonos ». La
base moteur est l'une des plus modernes du marché
avec un refroidissement liquide, 2 arbres à
cames en tête actionnant 4 soupapes. Très
puissant pour sa cylindrée, le 500cc (492cc
pour être précis) développe déjà
44 chevaux à 7.250 tours/min.
Et si la cavalerie semble suffisante pour se battre
avec les gros trails japonais, ce moteur manque un
peu de couple (4,1 mkg à 5.750 tours/min) et
surtout d'une bonne dose de centimètres cube
pour pouvoir se battre, au moins sur le papier, avec
les 650 (Honda Dominator ou Suzuki DR). Car qui irait
rouler en 500 quand on peut se payer une 650 concurrente?
Conscient
de ce déficit d'image, Gilera fait alors un
choix économique judicieux . En augmentant
l'alésage de son 492cc de 6,0 millimètres
(de 92 à 98mm), les ingénieurs obtiennent
à moindre frais (de développement) un
moteur de 558cc, gagnant 1 mkg de couple et 4 chevaux
et surtout apte à se battre avec les trails
japonais de plus grosse cylindrée. Un simple
tour de passe-passe marketing permet, en 1989, de
lancer le premier 600 de la marque: le RC600
Il suffit d'un seul coup d'oeil sur l'engin pour
connaître sa cible principale: le Honda NX 650
Dominiator. Cette Honda truste régulièrement
la première place des comparatifs trails grâce
à son caractère moteur et ses capacités
hors bitume. Le Gilera se battra donc sur le même
terrain, en jouant même sur un certain mimétisme.
Mimétisme en effet, car la ligne s'inspire
naturellement de son modèle: une allure élancée,
un ensemble réservoir-carénage tête
de fourche solidaire, un garde-boue avant qui affleure
la roue (quand la plupart des trails verts ont un
garde-boue fixé sous le té inférieur)
et surtout une couleur rouge. Toutefois, le RC600
se distingue par une légèreté
de ligne supérieure, une étroitesse
bienvenue en tout-terrain, mais aussi un caractéristique
double optique rond placé derrière une
grille de protection.
En selle, le trail italien répond totalement
à cette impression de trail très « vert ».
Tout d'abord par sa partie-cycle qui est d'une précision
formidable hors bitume. Le cadre en tube d'acier carré
est rigide et les suspensions à grands débattements
offrent une fermeté appréciable sur
terrain défoncé. Par ailleurs l'ensemble
selle-réservoir étroit permet de maintenir
fermement et de diriger la machine avec le bas du
corps. Le Moteur, lui, se distingue par une souplesse
en bas et une vivacité plaisante en haut.
Au
quotidien, ces qualités ne servent pas toujours
le RC600. En ville, la hauteur de selle peut handicaper
les petits gabarits et le rayon de braquage réduit
gêne un peu les manoeuvres. Sur route, la précision
de la partie-cycle permet de profiter du caractère
moteur. A cela près, que l'engin a un peu tendance
à se raidir quand la vitesse augmente. Sans
jamais être dangereux, ce comportement rend
l'arsouille un peu plus physique.
Le caractère affirmé de ce trail Gilera
est rapidement plébiscité par la presse
spécialisé. Malheureusement, les trails
sont essentiellement utilisés sur route et
le RC originel est un peu pénalisé.
Malgré sa ligne très réussie,
sa hauteur de selle et sa fermetée générale
ne lui autorise qu'un succès d'estime. Cette
orientation un peu trop Tout-Terrain ne convenait
pas tout à fait aux attente de la majorité
des trailistes, d'autant plus que le RC600 était
un peu plus cher que ses concurrentes. Le contructeur
réagira en 1992, en proposant 2 versions de
son RC sur la base du Nordwest: une version un peu
plus polyvalente très proche du supermotard
de la marque (RC600C) et une version encore plus affirmée
TT (RC600R). 2 motos qui subiront le choix de Piaggio,
propriétaire de Gilera, de mettre sa marque
satellite en sommeil au milieu des années 90.
Parallèlement à ce 600, Gilera proposa
une gamme de 125, copies presque conformes de ses
600. La RC125 Rally imitait la première RC600
et fut remplacée par l'Apache 125 esthétiquement
proche de la RC600C.