Après
le bouleversement instauré
par Suzuki avec sa GSX-R, on s'attendait
à ce que Honda réplique
par une machine musclée et
virile. Et là, ce fut une
surprise que la découverte
de cette toute nouvelle VFR 750.
Ce n'est pas un missile sol-sol
course replica mais une belle, élégante,
et presque timide sportive. Une
moto qui se veut la remplaçante
de la VF-F mais pas seulement. Cette
ligne discrète et charmante
lui permet d'élargir sa clientèle
au-delà du clan des sportives
pures, et ses qualités dynamiques
en font également un redoutable
engin aux performances décoiffantes.
Taquine,
c'est une moto en robe du soir qui
cache des dessous mécaniques
affriolants. Le HRC exerce son influence
jusque dans les machines de route
et cela se devine. Le cadre périmétrique
fait notamment penser à celui
de la RVF, avec sa structure en
aluminium qui relie colonne de direction
et platines d'ancrage en fonderie
d'alu. Le bras oscillant, lui aussi
en alu, est d'aspect classique.
La course à l'armement et
à l'innovation nous aurait
presque fait espérer pendant
un instant un monobras… Ce
que attire le plus l'attention,
c'est bien évidemment son
moteur. Issu de la VF-F mais profondément
remanié, ce V4 est une petite
merveille. Sa distribution est désormais
assurée par une cascade de
pignons, comme sur la VF 1000 R.
L'admission a été
revue, avec des conduits plus droits
et des carbus de 34 mm (+ 2 mm).
Le moteur a aussi fait l'objet d'une
grosse chasse au poids, d'une modification
du calage de vilebrequin (il passe
de 360 à 180°), de l'ajout
d'un sixième rapport de boite
et de la volonté d'une optimisation
générale poussée.
Ainsi, le moteur est non seulement
plus léger mais aussi plus
puissant, plus accessible mécaniquement
et plus fiable. Créée
avec beaucoup de soins, la VFR est
une moto aboutie, développant
15 ch de plus que la VF-F pour une
vingtaine de kilos de moins. Comment
se place t'elle par rapport à
la concurrence des 3/4 de litre
? Exactement à mi-chemin
entre une Yamaha FZ et une Suzuki
GSX-R. A l'usage, les places ne
sont pas vraiment les mêmes.
Ce
qui bluffe le plus sur cette nouvelle
Honda, c'est sa facilité
et sa faculté d'adaptation
pour le milieu urbain. Non seulement
son moulin est d'une admirable souplesse
mais elle se balade en ville d'une
superbe manière. Rien à
redire, ni sur ses évolutions,
ni sur la position de conduite.
Bien plus naturelle que l'on ne
pourrait s'y attendre, et même
mieux que sur la majorité
des sportives, elle permet au pilote
d'être tout à son aise.
Une moto pareille dans la ville,
ce n’est pas tous les jours
que ça se rencontre.
Très disponible, le moteur
est d'une docilité bienvenue
et plus qu'appréciable pour
se faufiler entre les buildings
et les bagnoles. Ce n'est pas pour
autant que c'est un lymphatique.
Pour un 750, ce bloc dispose d'une
plage d'utilisation surprenante.
Disponible dès 4000 tr/mn,
il mêle progressivité
et puissance jusqu'à 11 000
trs, soit 7 000 trs utilisables.
La poussée se fait sans temps
mort, sans déborder le pilote,
permettant de favoriser au mieux
la motricité et l'utilisation
du bouilleur. Oui mais voila...
Si sa courbe de puissance est plutôt
bien arrondie, ce polissage n'offre
pas vraiment de caractère
au V4. Bien sur, il y a le bruit,
qui rappelle par moment celui de
certains twin italien. Le moteur
Honda est enthousiasmant par sa
disponibilité et surclasse
même la concurrence par ses
performances - il lui manque juste
un grain de folie pour qu'on ait
l'ivresse, et d'un peu plus de promptitude
dans les changements de rapports.
Par contre, sur un tour de circuit,
elle est tout le temps devant.
Et c'est encore mieux sur le plan
du comportement routier. On savait
déjà que la VFR se
maniait avec une aisance déconcertante
; elle se montre d'une sécurité
royale. On peut sortir la grosse
attaque, tenter de la mettre en
forte contrainte, prendre des grandes
courbes à la vitesse du son...
la Honda ne bronche pas d'un sourcil.
Et même en cas de surprise,
la moto laisse toujours de la marge
pour s'improviser une sortie salvatrice.
Vous voulez jouer avec elle ? Elle
est la première à
en demander.
Le seul reproche que l'on peut faire
à cette nouvelle 750 sport
(mis à part son manque de
caractère), c'est sur le
jeu de suspensions. Cela n'affecte
pas méchamment la tenue de
route, mais ça cahote sur
les petites aspérités,
ça peut bouger sur les grosses,
et surtout, ça déglingue
le confort. Attention, ce n'est
pas un bout de bois, mais ça
n'est pas au diapason de la machine.
Devant tant de talents et d'homogénéité,
on pensait piloter une sportive
doublée d'un tapis volant.
C'est convenable mais on s'attendait
à mieux. Vous trouvez que
je chipote ? C'est possible. Il
est temps de me planquer derrière
la bulle, protégé
par un carénage efficace
juste ce qu'il faut.
Nous
imaginions une sportive pour déboulonner
la GSX-R - Honda nous propose une
moto qui va faire encore mieux.
Efficacité, facilité,
polyvalence, tout ça concentré
dans une machine élégante,
à la fois joueuse et sérieuse,
et surtout très polyvalente...
La VFR 750 devrait se faire une
jolie réputation.
N.D.L.R
: La suite, vous la connaissez.
La VFR est devenue l'une des plus
formidables sport-GT de l'histoire
de la moto. Ce n'est cependant qu'avec la génération
suivante qu'elle gagnera sa
véritable identité,
avec notamment l'apparition du monobras.
M.B
(inspiré par Moto-journal - photos
internet) |