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Présenter
la 1100 Sport avec les « Le Mans »
pourrait paraître un véritable crime de
lèse-majesté par les inconditionnels de
la marque. Il est vrai que la 1100 Sport, présentée
en 1994, n'est pas la descendante directe des « Le
Mans » mais une déclinaison 2 soupapes
de la 1000 Daytona.
Ce choix
arbitraire de la placer avec les mythiques « Le
Mans » tient surtout à sa place dans
la gamme Moto Guzzi. La Daytona a toujours été
présentée comme une sportive de luxe,
alors que la Sport eut la charge de remplacer la famille
« Le Mans ».
Le département
marketing du constructeur a surement dû hésiter
longtemps à abandonner un nom désignant
les sportives de Mandello depuis plus de 20 ans. Les
« Le Mans » trainaient certainement
une image trop désuète aux yeux du grand
public pour que le constructeur se résigne à
marquer une rupture dans la dénomination de sa
famille sportive.
Car si la
marque est toujours financièrement fébrile
au début des années 90, elle fonde de
grands espoirs sur sa Daytona (à cadre Wittner
et moteur à 4 soupapes par cylindre), mais également
sur son moteur 2 soupapes de 1064cc, inauguré
avec la California 1100i.
La Sport héritera donc de la partie cycle moderne
de la Daytona et du moteur 1100 (tout d'abord sans l'injection
electronique). Et cette nouvelle venue fait un très
grand pas en avant par rapport à la 1000 Le Mans,
tant d'un point de vue technique qu'esthétique.
Le
cadre Tonti est, cette fois, abandonné au profit
de la technique développée par John Wittner:
une poutre centrale de forte section reliant la colonne
de direction à un systeme composé de 2
platines. La suspension arrière visiblement un
peu inspirée du Cantilever relie directement
le bras oscillant à la monopoutre. Ici, point
de matériaux hightech ou des techniques de fabrication
de pointe. John Wittner est un concepteur brillant issu
de la compétition, mais a évolué
dans des disciplines aux budgets raisonnables (Battle
Of Twins US). Il a donc conçu une partie-cycle
simple, efficace et facile à produire; une véritable
bénédiction pour un constructeur aux moyens
limités. Il offre ainsi une chance à Mandello
del Lario de reconstruire une gamme modernisée.
Son cadre associe stabilité (c'est une Guzzi,
pas un vélo), précision du train avant
et surtout un très bon travail des suspensions.
Il brille dans les grandes courbes et dans les phases
de freinage, un peu moins dans les virolos très
resserrés.
L'évolution
moteur est plus classique, avec une croissance d'un
peu plus de 100cc, le bicylindre gagne en puissance
(90 chevaux à 7800 trs/min.) et en couple( 9,4
mkg à 5800 trs/min. contre 7,8 mkg à 6250
trs/min.). Néanmoins, s'il gagne en muscle, son
caractère n'est pas à l'opposé
du 1000. Toujours plein d'inertie est manquant de souplesse
en bas, le bicylindre s'apprécie dans les mi-régimes
où il distille couple et vibrations pour le plus
grand bonheur du pilote. Lorsque le mode d'emploi est
assimilé, le V2 donne toujours cette même
banane teintée de fierté sur le visage
du guzziste. En 1996, Guzzi offira également
une injection électronique Webber Marelli à
sa sportive. La belle y gagnera de la souplesse, une
plus grande sobrièté et surtout une poignée
de gaz enfin douce.
Esthétiquement,
la Sport hérite de la nouvelle face avant de
la Daytona (vraiment réussie) mais
gagne une selle biplace au design moderne et aggressif
beaucoup plus dans le coup que la coque monoplace de
sa luxueuse soeurette. L'ensemble est de bon goût
et privilégie des lignes intemporelles. Les coloris
sont très... italiens: rouge, jaune, noir, mais
aussi gris...
Cette Sport,
bien qu'elle n'ait pas fait la une de toute la presse
specialisée à sa sortie, est peut-être
une des plus belles réussites de la production
motocycliste de la première moitié des
années 90. Elle a été la preuve,
avec la 1000 Daytona, que la passion pouvait largement
compenser le manque de moyen, en associant le meilleur
de la tradition avec des solutions simples et modernes.
Moto Guzzi, exangue, a très certainement sauvé
sa peau en sortant ce modele qui a redonné confiance
au marché et aux investisseurs dans ses capacités
et sa créativité. La Sport laissa sa place,
en 2002 (aprés une courte période sans
V11 caréné), à une nouvelle Le
Mans: La V11 Le Mans.
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