Dès la première rencontre, le GSX1100G
impressionne par ses dimensions plus que par sa plastique.
Un réservoir massif posé sur un moteur
qui ne l'est pas moins et une allure de cheval de
trait équipé confort plus que celle
d'un pursang éduqué pour la course.
Puis le regard se pose sur le groupe propulseur.
Étonnant moteur qui semble hésiter entre
un refroidissement par air avec ses bien trop petites
ailettes et un refroidissement liquide avec son radiateur
non moins discret.
Les connaisseurs souriront tout de suite à
cette description naïve, n'ignorant pas qu'il
s'agit là du désormais célèbre
4 cylindres 1127cc refroidi par air/huile de la GSX-R
1100. Toutefois, jusqu'en 1991, date de la sortie
du GSX-G, Suzuki avait toujours pris soin de cacher
son moteur SACS (Suzuki Air Cooled System) derrière
des flancs de carénage (GSX-R, GSX-F). Et on
en vient presque à regretter que Suzuki n'ait
pas sorti de GSX-R demi-carénées à
la façon des Ducati SS, tant l'esthétique
du moteur respire la méchanceté ou au
choix la beauté d'une cathédrale.
Cependant,
Suzuki s'est bien gardé de lâcher son
moulbif de supersportive dans une partie cycle de
routière sans le civiliser un peu (et c'est
un euphémisme); Civiliser, certes, mais surtout
pas anémier. Pour cela, le constructeur a jouer
principalement sur les ACT, les carburateurs (4 mikuni
BST de 36mm au lieu de 40mm), l'embiellage et l'intégration
d'un arbre d'équilibrage supplémentaire.
Ces modifications ont pour but de faire de ce 4 cylindres
un vrai moteur de 100 chevaux au lieu d'un monstre
bridé. Et le résultat est élogieux:
100 bons bourrins et 10mkg de couple !!! La courbe
de couple d'une grande platitude aurait fait mourir
de rire la concurrence s'il elle n'avait pas été
placée si haute sur le diagramme. Le GSX-G
offre plus de 8 mkg sur la quasi totalité du
compte tours, le tout dans un ronflement feutré
et flatteur.
Autre originalité, Suzuki a doté ce
moteur d'une transmission secondaire par arbre et
cardan. Celle-ci fait preuve d'un bon agrément
et s'adapte parfaitement à la nouvelle définition
du moteur (NDLA: il est d'ailleurs fort étonnant
que cette transmission n'ait plus servi par la suite).
Restait aux constructeur japonais à greffer
ce groupe propulseur dans un cadre adapté.
Dans ce domaine, il y a fort à parier que
Suzuki a bien étudié la concurrence
et notamment le Yamaha V-Max. Car comme ce gros custom/dragster,
le GSX-G doit composer avec des accélérations
et des reprises plus que respectables. A la manière
d'un dragster urbain, donc, la grosse bestiole se
devait d'assurer une très bonne stabilité
permettant d'envoyer la sauce sans crainte. Suzuki
a pour cela choisit un cadre avec un angle de colonne
de direction plutôt ouvert et un empattement
long (1585mm pour le GSX-G, contre 1465mm pour le
GSX-R qui avait un empattement plutôt long pour
une supersport)). Ce choix a toutefois quelques inconvénients.
La direction est relativement lourde à basse
vitesse et la moto ne tourne pas vraiment dans un
mouchoir de poche. Mais le résultat est convaincant.
Le travail des suspensions est totalement orienté
vers le confort, tout comme la selle biplace, et la
« G » peut enfiler les longues
distances en toute décontraction, tant pour
le fessier du pilote que de celui de son passager.
La maniabilité reste honnête dès
que l'engin roule, mais elle préfère
nettement les grandes courbes.
Toutes
ces qualités semblent vouloir mettre ce modèle
dans la catégorie des routières au long
cours relevé d'une bonne dose de caractère.
Cependant, la gamme suzuki a déjà une
grosse routière en la personne du GSX1100F.
Le « G » se passera donc, dans
un premier temps, de carénage et officiera
dans la catégorie roadster. L'idée n'est
pas si mauvaise, dans la mesure où Suzuki se
place sur un créneau un peu différent
de la concurrence: Sur le même segment, Kawasaki
a plutôt opté pour le style rétro
avec son 1100 Zéphyr,
Triumph pour un roadster nerveux avec son 900 Trident,
là ou Suzuki prend la place du roadster envoûtant,
routier et confortable.
Néanmoins, il saute aux yeux que les qualités
routières du GSX-G sont énormes malgré
l'absence de protection. Ces qualités sont
d'ailleurs mise en valeur dans les essais et comparatifs
de la presse spécialisée française
tels que le comparatif FJ1200 / GSX1100G de Moto1
(n° 99 d'août 1991). d'autant plus que le
moteur du « G » retravaillé
pour développer d'origine 100 chevaux est bien
plus agréable que la version française
du GSX1100F.
Suzuki proposera les années suivantes (commercialisation
en France en 1994 et 1995) des versions munies d'un
carénage à l'intégration un peu
légère qui ne firent pas vraiment un
carton commercial. Au final, la présence du
GSX1100F
a quelque peu freiné les ventes du « G »
qui reste aujourd'hui une bonne moto, bien trop rare.