En ce début des années 70, les constructeurs
japonais s'attaquent chacun à leur façon
au marché des grosses cylindrées. Si
Honda arrivait un peu plus tôt (1969) avec son
célèbre «4 pattes» CB750,
Kawasaki avait choisi en 1971 de sortir sa 750 H2
dotée d'un 3 Cylindres 2 temps. En 1972, Yamaha
et Suzuki sortent respectivement un TX 750 (bicylindre
4 temps) et une «bouillote» dénommée
GT 750.
Le GT 750 doit son appellation de « Bouillotte »
à un choix technique plutôt innovant
pour l'époque: son refroidissement liquide.
Ce n'est pourtant pas la seule particularité
de cette Suzuki. Tricylindre en ligne
2 temps comme sa cousine verte, la Suzuki a opté
pour une orientation beaucoup plus routière
que la sportive H2. En plus du refroidissement liquide
(dont le radiateur est equipé d'un ventilateur
électrique) censé apporter une fiabilité
accrue, un silence supérieur et une réduction
des vibrations, le Suzuki opte pour un démarrage
électrique (et au kick) et fait preuve d'une
très bonne finition.
Le moteur développe 67 chevaux à 6.500
tours/min pour un couple de 7,7 mkg à 5.500
tours/min et emmène la GT à plus de
180km/h en engloutissant un peu plus de 8,3 litres
aux 100kms en moyenne. Ce groupe propulseur, bien
qu'un peu plus sage que le 3 cylindres Kawa, avait
le défaut de martyriser la transmission secondaire
qui usait prématuremment lorsqu'on jouait un
peu trop avec le couple conséquent.
La partie cycle était souple et confortable.
Plutot bien suspendue, elle ne pêchait à
ses débuts que par un frein avant à
tambour quelque peu dépassé par les
214kg à vide. Ce tambour double came à
très vite été remplacé
par un double disque (dès le millésime
1973). Cette modification transforme la Bouillotte
qui fait preuve d'une grande homogénéité
sur la route et d'un confort très honnête
autant pour le pilote que pour le ou la passagère.
En 1974, le 3 cylindres est mis à jour. Il
gagne quelques chevaux et presque 1 mkg de couple
supplémentaire. Le radiateur se passe de son
ventilateur et les échappements sont modifiés.
Ces modifications s'accompagnent également
de quelques changements d'ordre esthétique(silencieux
d'echappement, soufflets de fourches, touches de chromes)
et le tableau de bord se pare d'un indicateur de rapport
engagé. Le GT finira sa carrière sans
autres changements majeurs.
La
moto quoique très réussie a un peu de
mal à se positionner sur le marché,
coincée entre le charisme du 4 Pattes Honda
et la brutalité sportive de la Kawasaki. Pourtant
le moteur fait preuve d'un fort tempérament
si on lui laisse l'opportunité de montrer ce
qu'il sait faire.
L'importateur Suzuki en Italie convaincu du potentiel
de ce moteur élabora une série spéciale
qu'il nomma GT750S. La base GT fut fortement modifiée
en vue d'une utilisation en compétion. La machine
tout en gagnant
un
carénage, une selle monoplace et une paire
de bracelets, perdait environ 25 kilos. Le moteur
« stock » permettait alors d'atteindre
les 220km/h. Cette série spéciale n'eut
certes pas le succés des compétitives
Suzuki TR 750 de la même époque mais
accumula quelques jolies victoires en championnat
italien. En France, l'artisan Roca proposa également
une GT 750 Café Racer équipée
d'un habillage monocoque qui lui donnait une allure
très sportive.
Le GT750 finit sa carrière en 1978, tranquillement
poussé par la série des GS 750 (E, EX,
G, GL, EZ...) équipée de moteurs 4 cylindres
4 temps refroidis par air, un peu moins gloutons.