Lorsqu'en 1992, l'usine d'Hinckley se lance dans
la conception du gros trail qui manque cruellement
à sa gamme renaissante mais pleine d'ambition,
2 problèmes lui font face. Triumph a bati sa
nouvelle gamme sur un politique de rationalisation
extrême. Ainsi, 90% des pièces sont identiques
sur une Trident, une Trophy ou une Daytona. Cette
politique industrielle est efficace, mais bride quelque
peu les possibilités des designers. De plus,
le marché du gros trail fait l'objet d'une
concurrence féroce et il faut que la marque
britanique puisse se placer de façon originale
si elle s'installer sur ce créneau.
Devant donc composer avec leur catalogue de pièces
et leur moteur maison, les ingénieurs conçoivent
un gros trail dont la particularité sera d'être
le plus routier, le plus gros, le plus puissant...
Le Tiger est présenté en 1993. Il reprend
le 3 cylindres de 885cc qui s'est très vite
imposé. Toutefois, Triumph est obligé
de faire une entorse importante dans sa politique
de rationalisation. Car si le cadre reste proche de
celui des routières, suspensions, roues et
habillage complet sont spécifiques au Tiger.
Il aurait été difficile de faire autrement.
Le moteur est également adapté à
son nouvel écrin. Il est dégonglé
à 85 chevaux mais obtient en contrepartie une
courbe de couple mieux remplie, afin de donner au
gros trail un souffle dont nul autre ne pourra se
targuer. Le résultat est éloquent: le
Tiger passe les 200 km/h en vitesse de pointe et colle
une bonne seconde au Yamaha Super Ténéré
sur un 400m départ arrêté (1,5
secondes pour le 750 AfricaTwin). Le caractère
du 3 cylindres est respecté et ses origines
routières apportent du sang neuf dans la catégorie,
encore sous le joug des Dakars Réplicas.
Car
il faut bien l'avouer, ce nouveau venu ne joue pas
dans la cour des ténors du segment. Le Tiger
n'a aucunement la prétention d'aller user ses
crampons en dehors du bitume. Il se voue exclusivement
à la route et préfère se parer
d'une robe sobre plutot que d'une multitude d'autocollants
publicitaires. Cette moto est en fait une des inspiratrices
de la mode des trails GT, aujourd'hui représentée
par les BMW R1200GS, Suzuki V-Strom ou Honda Varadero.
Toutefois, le Tiger reste un trail. Et s'il en possède
les avantages (position droite et décontractée,
confort des suspensions à grand débattement,
partie cycle très stable) il n'est pas non
plus exempt des faiblesses récurrentes de la
catégorie (Hauteur de selle, centre de gravité
haut perché, ...). D'autant plus qu'avec plus
de 257kg avec les pleins, il convient d'être
prudent lors des manoeuvres à l'arrêt
ou à très basse vitesse.
Pourtant, une fois en selle, ce gros trail sait se
montrer agile et vif grâce aux reprises de son
moteur. Et le Tiger n'est jamais aussi à l'aise
qu'en sorti de courbe pour le plus grand plaisir du
pilote: Un jouet ultra polyvalent, capable de voyager
(les gros rouleurs lui ajouteront une bulle haute)
et d'arsouiller.
Le Tiger subira de petites modifications au fur et
à mesure des années. Un nouveau porte-bagage
par-ci, un nouvel embrayage ou une fourche Showa par
là, lui permettront de se maintenir au niveau
de la concurrence qui n'a de cesse d'affuter ses modèles
(notamment le BMW R1100GS sorti en 1994). En 1999,
le gros Triumph aura droit à une profonde refonte
afin de continuer sa magnifique carrière de
trail GT (voir 900
Tiger 1999-2001)